Online Magazine of the Visual Narrative - ISSN 1780-678X |
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Issue 21. L'Affiche contemporaine : Discours, supports, stratégies |
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Spécificité de l'affiche de cinéma : l'écart pulsionnel entre mots et images |
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Author: Maribel Peñalver Vicea Abstract (E): As Magritte pointed out, 'l'image est séparée de ce qu'elle montre'. After a brief review of the evolution of French film posters, we examine the specific functioning of the iconotextual disparity between the image on the film poster (what it shows) and the title (what it says). Subsequently, we show how this disparity is the result of the referential hybridism of the title, which simultaneously transmits two different but concomitant codes to both the 'récit' and the image. After considering the specific characteristics of the film poster and the fact that the marketing involved differs from that of other common consumer products, we reveal how it seeks, in a passing moment, to spark an impulse which will induce the spectator to decide to see the film. Lastly, we focus on the complex workings of this impulse mechanism and on the location of the message in the poster. Abstract (F): Selon Magritte, « l'image est séparée de ce qu'elle montre ». Après un rapide survol de l'évolution de l'affiche de cinéma française, nous examinerons le fonctionnement spécifique de cet écart iconotextuel dans l'affiche de cinéma et montrerons par la suite que cette déstabilisation entre ce que stipule l'intitulé et ce qui est montré par l'image est due à l'hybridité référentielle de l'affiche. La publicité des films diffère de celle des produits de consommation courante en ce qu'elle ne cherche pas à loger dans la société une habitude ; elle doit provoquer au contraire un mouvement pulsionnel qui l'aide à déceler , dans un espace de temps éphémère (qui précède le visionnement du film), le message du film, un message ourdi par notre inconscient. Nous tenterons finalement de dégager la spécificité de l'affiche ainsi que de trouver le lieu où se focalise le message dans ce genre d'affiches. keywords: film posters, referentiality, hybridity, spectatorship.
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Introduction
Selon Guy Gauthier, l'image a traversé " les siècles [.] sans être perçue comme un ensemble unitaire ; il a fallu l'invention du cinéma pour lui donner, au moins en apparence, une unité" (p. 2). Suivant cette lignée, Jean-Louis Capitaine a écrit : "' l'invention du siècle' et son 'argument de vente en papier' marquent tous deux les débuts de la civilisation de l'image " (2000). L'affiche de cinéma, première image publique du film [1], constitue un genre de l'affiche de publicité [2]. Qualifié de " média du déplacement par excellence " (Fitoussi, p. 6), l'affichage remonterait à l'Égypte ancienne où l'on trouvait déjà des supports de pierre gravée. Selon Marcel Fitoussi (p. 8), en 1456, William Coxton fabrique la première affiche (1,3 x 0,7m) pour faire connaître les cures thermales de Salesbury. Mais ce n'est qu'à partir de la seconde moitié du XIX e siècle que l'art de l'affiche commence. La lithographie, qui verra le jour en 1840, et dont les premières affiches sont de petit format, en noir et blanc, deviendra à la fin du siècle chromolithographie.
1. Évolution de l'affiche (de cinéma) française
Première période
La naissance du cinéma et des affiches de films est simultanée, le septième art réclamant de la publicité pour faire connaître sa trouvaille. Détourner le célèbre énoncé de Philippe Hamon : " image à lire ", " image à voir " (1992), en " affiche à lire , film à voir ", permet d' affirmer que l'affiche de cinéma vise essentiellement à faire voir le film. En revanche, aux premiers temps du cinéma, outre la réclame du film, l'affiche aura pour but de faire connaître la nouvelle trouvaille, les salles (Pathé ou Gaumont) ainsi que d'attirer un large public. La preuve en est la première affiche de cinéma : Cinématographe Lumière (1896) , élaborée par Marcel Auzolle ( voir Capitaine, 2000), qui, sans faire mention du titre du film, annonce simultanément le nouveau média (l'innovation technique qu'est le projecteur), la salle de cinéma, le nom de ses inventeurs (les frères Lumière) ainsi qu'un programme varié dont l'un des titres L'Arroseur arrosé accompagne cet outil promotionnel. " Il s'agit encore de promouvoir le procédé, de populariser le cinéma et de viser un public convenable " (Capitaine, 1988, p. 21). Comme le montre ce premier exemple, les débuts du cinéma chercheront à promouvoir leur trouvaille de préférence à la publicité du film lui-même, tel que l'affirme Jean-Louis Capitaine (2000) :
Au début du XX e siècle, vers 1900, les premières affiches de cinéma surgissent, tenant notamment à promotionner le nouveau média et les salles qui éditent simultanément les films et les affiches (Pathé ou Gaumont). Ces premières affiches ne mentionneront pas le nom des réalisateurs ou des acteurs. Tel est le cas des affiches comme Bébé chez le pharmacien ou Un drame sur la côte d'azur qui exhibent, outre le titre du film, le logo de Pathé, le coq, ou la graphie de Gaumont. L'Écrin du radjah , La Peine du talion ou Damnation sont d'autres exemples où les titres apparaissent sur l'affiche, ainsi que le logo de la firme Pathé ou Gaumont. En général, le nom du réalisateur ou des acteurs n'y figurent pas ; éventuellement, on trouve le nom de l'affichiste. La composition des affiches reproduit une ou plusieurs scènes clé du film. Elle se rapproche des affiches de cirque. L'éclat des couleurs attire le regard des spectateurs, tel que Au Zambèze (Ibidem) (1908) - qui mentionne le titre du film, le logo de Pathé et le nom de l'affichiste - ou Kiriki (1907). La présence de l'être humain sur l'affiche est une constante dès le début du cinéma qui permettra d'assurer une fonction empathique.
Mais, outre la publicité du nouveau média, le cinéma poursuivra le but d'éveiller la curiosité des spectateurs, en leur proposant leurs genres préférés : comique, drame ou des thèmes faisant état de la réalité. Ces genres seront nettement exhibés sur les affiches à travers, en plus des autres éléments iconographiques, le chromatisme, facteur participant à l'identification du genre. Les affiches du Petit chaperon rouge (1907), (Capitaine, 2000) et de La Course à la perruque (1906) sont des exemples où le chromatisme ne passse pas inaperçu. Le mariage entre le titre et l'image devient vite un couple réussi.
À partir de 1908, les salles de cinéma, substituées aux baraques foraines, attireront dorénavant un large public plus raffiné et bourgeois. Ce public, consommateur habituel des théâtres, demandera un genre différent de films. Comme Jean-Louis Capitaine l'a déjà souligné, " le film d'art " fait son apparition : Les Précieuses Ridicules (1909) ou La Peau de chagrin (1909) , des titres empruntés à la littérature (Molière, Zola, etc.). À ce moment-là, c'est Pathé qui contrôle la production, les films étant interprétés par de célèbres acteurs et actrices de la Comédie Française ou de théâtres renommés. Ceux-ci servent donc de réclame au film. Les affiches, ayant recours à la vivacité du chromatisme, font déjà preuve de la composition d'image " narrative " qui montre une image évoquant une ou plusieurs scènes du récit filmique. L'affiche personnalise le film en indiquant ses couleurs dominantes. Le texte y gagne plus de place : les acteurs ou actrices, le titre en gros, le nom du romancier ou du dramaturge, le nom de l'affichiste, ainsi que le logo de la firme y figurent.
Deuxième période
À partir des années 1910, une nouvelle période commence. Le Masque d'horreur (1910) d'Abel Gance en fournit un exemple. Le titre s'imbrique sensiblement à l'image de l'affiche faisant l'objet d'une motivation légère par une simple analogie stylistique entre la typographie utilisée et le thème du film: la manière dont les lettres sont écrites évoque ce que signifie le titre. Ainsi, par exemple, l'affiche du premier Fantômas (1912) présente déjà le mode sémiotique " portrait ", très employé aujourd'hui. Ce mode correspond à la présence de l'acteur principal. La disposition du personnage, qui dans ce cas-là regarde le spectateur, instaure donc un rapport entre le personnage lui-même et ce dernier. Fantômas exhibe le titre et le logo. À partir des années 20, les affiches exhibent le visage des acteurs ou actrices, la célébrité de certains acteurs servant d'accroche au public. La typographie du titre devient de plus en plus soignée et celui-ci occupe une place centrale. Les affiches se rapprochent d'une forme aujourd'hui familière. Par exemple, dans El Dorado de Marcel l'Herbier (1921), le titre occupe une place centrale. Le Capitaine fracasse , de Cavalcanti (1928), " est un bon exemple de ce qui sera désormais la règle d'or" (J. Zimmer, 1987, p. 24) : on y trouve l'acteur principal, le titre, les acteurs de moindre importance cités par ordre décroissant, le metteur en scène. Pourtant le nom de l'affichiste n'y figure pas. C'est après la (première) guerre (mondiale) que naît la première génération d'affichistes: Carlu (qui fabrique, outre des affiches de spectacles, quelques affiches de cinéma) Burkalter, Bernard Becan, Alain Cuny, Florit. L'art de l'affiche voit proliférer la présence d' artistes-affichistes tels que Jean Bonneaud, Bernard Lancy, René Péron, Roger Pigeot, Rojac, Jean-Adrien Mercier, Paul Colin, René Ferracci, Raymond Gid, Boris Grinsson, Michel Landi, Jean Mascii, Mayo, Jean Adrien Mercier, Raymond Moretti, Nathan, Clément Hurel., etc. Cela justifie la fabrication de plusieurs affiches (jusqu'à 5) pour un même film. Après une dure sélection, on choisit la meilleure. L'objectif de l'affiche est maintenant non de faire voir le film, mais plutôt de se faire voir elle.
Troisième période
C'est la période des années 30. Une affiche représentative de cette période est celle de Jean-Adrien Mercier pour un film de René Clair, Quatorze juillet (1932). Mercier a dit : " J'avais beaucoup travaillé pour ce film. [.]. La firme n'a pas jugé cela suffisant et m'a demandé de rajouter deux femmes en train de danser ; ça foutait complètement mon affiche par terre! [.]. " (Capitaine, 1988, p. 71). La distribution pyramidale actuelle des acteurs s'impose à partir de cette période, tel que le montre l'affiche d'Henri Faivre intitulée L'Étrange Monsieur Victor. L'affiche de cinéma commence à adopter ses règles commerciales. J.-M. Mounier, président d'honneur des chefs de publicité du cinéma, affirme:
L'emplacement des éléments icono-textuels dans l'affiche devient régulière : gros plan de l'acteur principal, " une ou deux scènes explicites en fondu, les lettres à la typographie de plus en plus soignée ". (Capitaine, p. 105) La guerre devient thème récurrent d'affiches telles que Veille d'attaque (1945), Vive la liberté (1945), La Belle Équipe (1936), mais après la guerre, vers 1950, l'affiche commence une nouvelle période. L'art de l'affiche déclenche un tel engouement qu'elle devient " objet d'édition et de collection (posters, cartes postales) alors que son rôle initial périclite en regard des médias les plus porteurs (TV, radio.). (Zimmer, p. 24). Mai 68 : la liberté d'expression envahit la rue à travers l'affiche qui raconte sa propre histoire. Elle se sert de toutes sortes de procédés rhétoriques, tels que le défigement, la métaphore etc., pour attirer le regard des spectateurs. Ce procédé mnémonique suppose une rupture des stéréotypes et des préjugés de la langue auxquelles la société était à cette époque soumise. Le titre est exploité à des fins poético-politiques et d'accroche, comme l'a affirmé Jacques Zimmer : " le titre doit fait fonctionner le tout. Chacun des éléments doit s'y trouver, mais la nouveauté est que l'accroche devient le titre. [.] doit amener le public aux caisses. (Zimmer, p. 36). À partir des années 90, l'informatique joue un rôle considérable, en exerçant une forte influence sur les affiches :
Mais le succès d'une affiche de cinéma sera toujours lié à celui du film, tel que l'affirme Michel Chion :
2. Spécificité de l'affiche de cinéma
L'affiche de cinéma, genre autonome de l'affiche de publicité (Capitaine, 2000), est la première image (que l'on voit) du film, outre les bandes-annonces. " Elle raconte deux histoires parallèles, celle du cinéma, mais aussi la sienne propre. " (Capitaine, 1988, couverture). À la fois symbole et icône, l'affiche de film est métaphore et trace physique du film. Son propos est de transmettre un minimum d'information pour que le film enregistre une première adhésion de principe. Comme l'a affirmé l'affichiste Raymond Gid, il n'est pas facile de " faire une synthèse immobile de ce qui est mobile " (Zimmer, p. 24). Suivant cette lignée, J.-M. Monnier, président d'honneur de la section des affichistes de cinéma, prononça en 1946 à propos de l'affiche de cinéma :
Mais l' affiche a avant tout une fonction publicitaire car elle est faite pour être vue, et notamment pour faire voir le film. Sa cible est donc le spectateur qui, selon l'impact qu'elle a sur lui, se décide ou non à le voir. Claude Bey a écrit que pour Landi, " l'affiche doit faire 'voir' le film et non se faire voir elle " (Bey, p. 14). Mais l'affiche est surtout le produit d'une ouvre collective, " retouchée pendant les séances de brain-storming selon les remarques, les impératifs qui ne sont pas du tout dans la ligne d'une création libre " (Cornu, p.133). Ernst Gombrich a écrit qu'une image est " le résultat d'un long processus, au cours duquel ont été utilisées tour à tour des représentations schématiques et des corrections " (Gombrich, p. 72). Le but de l'affiche de film est d'attirer l'attention des spectateurs au moyen d'une image éphèmere qui déclenche l'envie de voir tel film plutôt que tel autre. Elle doit :
Une fois éveillée la curiosité du spectateur, l'affiche sera susceptible de rester gravée à jamais dans la mémoire des spectateurs. Si l'accroche est bonne, la lecture devient productive. Outre le titre, d'autres éléments pourront rester dans la mémoire collective : les noms des acteurs ou actrices, celui du réalisateur, etc.
Composition de l'affiche de cinéma
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Maribel Peñalver Vicea est professeur de linguistique française à l'Université d'Alicante (Espagne) et membre du SYLED à Paris III - Sorbonne Nouvelle. Docteur en philologie moderne (français), elle a publié des articles en traductologie, littérature francophone et linguistique, notamment " The Betrayal of Textual Différance ", in Joyful Babel (Rodopi , 2004) ; " Langue plurielle et altérité identitaire ", in Identité et altérité dans les littératures francophones , Dalhousie French Studies vol. 71 (2006) ; " Apprendre à enseigner le mal à travers la fiction ", in Le Mal, Les Langues Modernes , nº 2, APLV (2006), etc. Ses recherches actuelles portent sur la philosophie du langage, ainsi que sur les rapports entre psychanalyse et linguistique et leurs applications au discours littéraire. |
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