Un générique de cartes postales: le cas de la Rue Cases-Nègres d’Euzhan Palcy

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Noëlle Rouxel-Cubberly

Abstract

Résumé
Situé, à dessein, à la croisée de l’âge d’or de la carte postale et de l’« apogée » de l’empire colonial français, le générique du film d’Euzhan Palcy, Rue Cases-Nègres (1983), représente un cas particulièrement intéressant dans l’utilisation de la carte postale au cinéma. En effet, les cartes postales aux tons sépia de ce début de film ancrent l’intrigue dans la Martinique « exotique » des années 1930. Outre cette fonction historique et géoculturelle, ces cartes offrent un commentaire cinématographique pénétrant sur les réalités coloniales qu’elles annoncent – et dénoncent. Le film n’a pas commencé que ces cartes postales « parlent » : ainsi, à la légende « FORT-DE-FRANCE : La Rue de la Liberté », correspondent, ironiquement, arbres rectilignes, grilles dressées du palais de justice et rangées de militaires. Écho musical du sépia, le ragtime du générique, derrière ses accents à la fois gais et nostalgiques, évoque déjà un « temps en lambeaux », avec la (ré)apparition d’autres dimensions rythmiques et temporelles. Reprenant une approche derridienne, cet article examine la façon dont l’écriture cinématographique fait de ce générique une structure d’encadrement de la réalité, une réécriture de faits historiques et sociaux où se dessinent les premières brèches de l’empire colonial français tel qu’il est représenté sur les cartes postales de l’époque. Si la carte postale du début du XXe siècle « témoigne » et permet d’« affirmer son identité dans le temps et dans l’espace », selon Ripert et Frère, sa relecture et son exploitation artistique dans les années 1980 ouvrent
aussi la voie à une exploration féconde de ces pratiques de communication visuelle.


Mots-clés : cartes postales, Antilles, Martinique, esclavage, colonisation, race


Abstract
Reflecting both the golden age of the postcard and the “heyday” of the French colonial empire, the opening credits of Euzhan Palcy’s film, Rue Cases-Nègres (1983), represent a particularly interesting example of the use of postcards in film. Indeed, the sepia postcards of this opening anchor the story in the “exotic” Martinique of the 1930s. In addition to this historical, geographic and cultural function, these cards offer a sharp cinematographic commentary on the colonial realities that they reveal – and denounce. Although the film has not even started, these postcards start to “speak”: for instance, the words “FORT-DE-FRANCE: La Rue de la Liberté” (literally, “Fort of France, Liberty Street”) ironically serve as a caption for a photography of straight trees, the erected gates of a courthouse, and rows of military troop. Set as a musical echo of the sepia tones, the ragtime played over the credits, both cheerful and nostalgic, refer to a “time in rags,” with the (re) appearance of other rhythmic and temporal dimensions. Following a Derridian approach, this article examines how Palcy uses these opening credits to reframe reality, and rewrite historical and social facts that reveal the first signs of the crumbling of the
French colonial empire, as it is represented on the postcards of the time. If the postcard from the beginning of the 20th century “testified” and allowed “to assert its identity in time and space,” according to Ripert and Frère, its rereading and artistic exploitation in the 1980s also opened the way to a fruitful exploration of these visual communication practices.


Keywords: postcards, Antilles, Martinique, slavery, colonisation, race

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