Online Magazine of the Visual Narrative - ISSN 1780-678X |
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Issue 9. Performance |
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Danièle Méaux et Jean-Bernard Vray, Traces photographiques, traces autobiographiques |
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Author: Jan Baetens Danièle Méaux et Jean-Bernard Vray, |
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Le présent volume, qui reprend les actes d'un colloque organisé à Amiens en 2003, offre un aperçu varié, utile, chatoyant d'une des caractéristiques majeures de la photographie des années 89 et 90 du XXe siècle : l'impact et l'importance de la présence du photographe dans un type d'image, la photographie, longtemps pris pour le parangon de l'objectivité. Cet intérêt pour l' " operator ", comme le disait Barthes, est loin d'être neuf, mais s'il s'est imposé avec tant de force à l'époque postmoderne, c'est que nos idées de la photographie ont beaucoup sous l'influence de la fin des Grands Récits modernes. Dans la photographie comme ailleurs, le soupçon se porte non seulement sur ce Grand Récit, déplaçant le regard vers un foisonnement de microrécits. De même, la méfiance de l'autorité, représentée ici par le prestige de l'image authentique, inattaquable, reflétant la chose même, ouvre la voie à une attention accrue pour ce que l'image photographique implique de subjectif, de construit, d'inaliénablement personnel. L'insistance de plus en nette, dans la théorie de l'acte photographique qui devient le paradigme dominant de tout discours sur la photographie, sur la notion d'index, de trace, de lien matériel entre le réel et son dépôt argentique va paradoxalement de pair avec une explosion du non-objectif : le ton, voire le corps du photographe, s'interposent entre le sujet de l'image et l'image présentée au spectateur ; la mise en scène se généralise, de plus en plus ouvertement, jusque dans les bastions du photojournalisme ; le récit chasse l'instantané ou la tranche de vie ; la fiction, finalement, s'en mêle, et cette fiction dit " moi, je " : la photographie devient " photobiographie " (selon l'expression heureuse de Gilles Mora). Ce phénomène n'est pas français, au sens étroit du terme, mais on peut dire que c'est en France qu'il semble avoir fait l'objet de l'attention la plus minutieuse, c'est-à-dire la plus systématique. Vingt ans après la publication du Manifeste photobiographique de Gilles Mora et Claude Nori (1983), dont l'importance sur la mutation autobiographique du médium photographique ne doit pas être sousestimée, surtout en tenant compte des efforts de Mora pour soutenir le nouveau genre par un intense travail éditorial, aussi bien dans les Cahiers de la photographie que dans la collection Ecrit sur l'image, le colloque dirigé par Danièle Méaux et Jean-Bernard Vray fournit l'occasion de mesurer à la fois la distance parcourue, les illusions plus ou moins perdues, mais aussi l'énergie créatrice qui se dégage de cette conception personnelle de l'acte photographique, qui tantôt relève du témoignage encore classique et tantôt explore les chemins de travers de la fiction, voire de l'autofiction, ce mélange incertain de l'invention et du vrai avec lequel la littérature contemporaine nous familiarise et nous inquiète en même temps. L'ensemble très riche (et en général fort bien illustré, même si le contemporain s'y trouve surreprésenté) composé par les éditeurs du volume se divise en quatre grandes parties, que précède une introduction claire et stimulante de Danièle Méaux. Du point de vue théorique, la première partie, consacrée à la notion de " trace " est sans conteste la plus passionnante. Plusieurs auteurs (et pour ma part je voudrais détacher ici les noms de Françoise Coblence et d'Arlette Farge, qui signent l'une et l'autre une contribution tout à fait passionnante) arrivent en effet à s'appuyer sur les transformations autobiographiques de la photographie pour plaider, non pas en faveur d'une distinction entre la " norme " de la trace objective et l' " écart " de l'appropriation subjective, mais en faveur d'une réinterprétation fondamentale de l'objectivité de l'index (pour reprendre le terme de Peirce imposé en France par les travaux de Philippe Dubois). Ce que montre par exemple Coblence, c'est que la prise de conscience et l'articulation d'une posture subjective ne doivent pas être pensées en marge du " ça a été " barthésien, mais au cœur même de cette posture, dont elles défont le caractère faussement positiviste. Cette réévaluation de la notion d'index est un apport capital de ce livre à la théorie générale de la photographie, dont il conviendra de mesurer soigneusement les effets. Les trois autres parties, " Images et mise en récit ", " Photographie et vie intime ", " Photographie et écriture autobiographique ", sont orientées davantage vers les rapports entre texte et image, dont elles étudient des aspects souvent moins connus. Globalement, la première de ces parties est consacrée essentiellement aux photographes qui écrivent et la dernière aux écrivains qui photographient, la partie centrale étant réservée surtout à une série de discussions sur les enjeux, les pièges et les défis de la photographie autobiographique telle que la défendait Gilles Mora. Maux et Vray ont eu l'excellente idée de regrouper dans ce livre tous les jalons de la réflexion de cet auteur en la matière. Ces textes ont non seulement une valeur documentaire incontestable (surtout depuis que la collection Ecrit sur l'image a été arrêtée et qu'il est sans doute devenu impossible de se procurer encore les livres de cette entreprise très singulière), ils permettent aussi d'apprécier le style et le franc-parler d'un photographe qui sait aussi écrire. De même, on ne peut que se réjouir (et cette remarque vaut pour l'ensemble du livre) que Méaux et Vray aient eu l'intelligence et le bon goût de donner la parole à des créateurs autant qu'à des critiques ou des théoriciens (force est du reste de remarquer qu'en général les photographes sont plutôt bons critiques et bons théoriciens, et qu'inversement on sent chez presque tous les théoriciens et tous les critiques ont véritable amour de leur corpus). Inévitablement la valeur des études est un rien inégale, avec parfois une légère tendance à la description ou à une certaine emphase universitaire, mais en général les éditeurs ont bien surveillé les dérapages. Il est très réconfortant aussi de constater à quel point les débats restent ouverts, témoin par exemple le jugement pour le moins contrastés dont fait l'objet l'œuvre de nan Goldin, l'auteur du livre culte The Ballad of Sexual Dependency, adulée par les uns, vertement critiquée par les autres. Ces dissensions, qui font revivre l'intensité du colloque vécu, signalent aussi que le devenir autobiographique du discours photographique n'épargne pas la parole du critique. Face à des objets qui se défont de leur objectivité, le critique-spectateur n'a plus les moyens de se cacher derrière son savoir. Il doit prendre parti, c'est-à-dire commencer à écrire lui-même. La plupart des essais réunis dans ce livre le font de manière exemplaire. |
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